Lou.
First Part.
Il était tard quand elle arriva en voiture devant l'appartement de son amie. Elle avait déjà loupé la moitié du concert, mais quelque part, elle s'en foutait du concert. Sa journée avait déjà été assez merdique à son goût, elle n'avait qu'une appréhension, celle que la soirée soit pire qu'elle ne l'avait imaginé. « Et encore un quart d'heure à poireauter... » Se dit-elle. Elle prit son portable et composa le numéro d'Emilie.
« - OUI, je sais, je suis en retard, je suis désolé, une affaire de dernière minute...
- Laisse moi deviner, tu ne trouves plus ton gloss?
- Très drôle... C'est juste que David vient de me téléphoner, je t'expliquerai ça dans la voiture, je prends mon sac et je descend.
- Ok, à dans un quart d'heure. »
Elle raccrocha, un peu à bout de nerfs. Elle avait beau adorer Emilie depuis toutes ses années, elle ne supportait toujours pas son manque de ponctualité. Elle l'avait rencontrée à l'époque du primaire, et Emilie fût la seule fille à oser aborder l'outsider des cours de récré. Elles avaient scellé leur amitié avec un échange de goûter et ne se quittèrent plus. Emilie était sa seule proche, la seule qu'elle considérait comme une s½ur et la seule qui avait réussit à la supporter toutes ces années sans broncher.
« - C'est bon, me voilà » dit Emilie en rentrant dans la voiture.
« - Waouh, t'as battu ton record, t'as descendu les escaliers en 10 minutes au lieu de 15.
- Laisse moi deviner...t'as tes règles ? Ou ta copine vient de te larguer ?
- Les deux »
Elle démarra en trombe et conduisit en direction du bar. Pas un mot ne s'échangére, Lou ne supportait pas lorsque Emilie sortait ce genre de phrase, elle la connaissait décidément trop bien.
« - C'était quoi le problème cette fois ? Qui a trompé qui ? » demanda Emilie, tout en se maquillant.
- Personne. Juste qu'elle en avait assez de me supporter.
- Tu m'étonnes, au bout de deux ans, c'est déjà un exploit.
- J'ai comme une envie de m'arrêter brusquement pour que tu puisses te crever un ½il avec ton eye-liner.
- Mais tu ne le feras pas.
- Pourquoi ?
- Parce que je suis la femme de ta vie et que nous avons une histoire d'amour passionnelle et romantique.
- Tu savais que dans la plupart des livres, les histoires passionnelles et romantiques se finissent en meurtre.
Emilie rangea son maquillage. Elle se recoiffa et remit le pare-soleil en place.
- Bon sérieusement, dis toi que c'est un poids en moins, j'ai pas arrêté de te dire que c'était pas une fille pour toi, elle croyait que Jeff Buckley était le leader de Muse.
- C'est ce qui faisait son charme.
- C'est ce qui faisait sa connerie, oui. Crois moi, t'es bien mieux seule qu'avec elle.
- Je pourrais dire la même chose de ton David. Tu ne devais pas le larguer après l'avoir surprit la tête entre les jambes de sa collègue ?
- Si. Je l'ai fais. Mais il s'accroche, il m'appelle tous les jours. Il m'a dit que je lui manquais. Et j'ai vraiment envie de le revoir.
- Il a largué sa poufiasse ?
- Ce n'était pas sa pouffiasse... C'était juste un accident de parcours.
- Tout comme quand il est accidentellement tombé sur les lèvres de la fille accoudée au bar lors de ta soirée d'anniversaire il y a 3 ans ?
- Tu disais quoi à propos du meurtre ? »
Lou savait qu'elle n'aurait pas dû la provoquer mais c'était incontrôlable, une sorte de vengeance. C'était un ses nombreux défauts. Avec les années, elle devenait de plus en plus rancunière et impulsive, surtout avec les personnes qu'elle aimait le plus au monde. C'est sans doute pour ça que ses relations amoureuses n'excédaient pas deux ans d'existence.
Elle commençait à se dire qu'elle provoquait tout ça juste par plaisir d'être malheureuse.
Les filles arrivèrent enfin à trouver une place de parking. Elles descendirent de la voiture et se dirigèrent vers le bar. Il était situé juste en face de la plage, la mer était déchaînée, il faisait froid mais Lou aimait cette atmosphère, elle aimait ce vent qui lui fouettait le visage. Elle prit une grande bouffée d'iode et l'espace de cinq secondes, elle se sentit apaisé.
« - C'est bon, on a pas tout raté, ils sont encore en train de jouer. Tu veux une clope ?
- Oui, je veux bien.
- Putain de loi de merde. On se retrouve là en troupeau alors qu'il fait un froid glacial... »
Emilie parlait beaucoup, et beaucoup, c'est peu dire. Une vraie pipelette. Lou n'a jamais été lassé de l'entendre parler, la voir faire de grand geste, elle arrive à être emportée par tant d'enthousiasme. C'est aussi ce qui fait qu'elle soit si douée pour son métier de commerciale. Elle est tellement persuasive qu'elle arriverait à te faire acheter un livre d'Eve Angeli. Pour ce soir, Emilie avait mit un nouvel ensemble trop chic pour un concert de rock selon Lou. Toutes les deux étaient très différentes aussi bien physiquement que mentalement. Emilie cultivait sa féminité et sa garde robe. Elle aimait prendre soin d'elle, et cela se ressentait dans chaque détail de son look. Elle voulait plaire, elle aimait plaire. Lou, quand à elle, s'en fichait un peu, toujours des couleurs ternes. La dernière fois qu'elle mit une robe, c'était au mariage de son oncle lorsqu'elle avait 5 ans. La crise de pleurs qui a suivit dans l'église, convaincu à jamais sa mère de ne plus lui faire porter ce genre de vêtement. Emilie, à l'instar de sa mère ne cessait de lui faire des reproches sur son côté garçon manqué. Sans doute par pure plaisir de contradiction, Lou pris un malin plaisir à cultiver son apparence de «rock star», à toujours porter le même genre de veste en cuir, à boire comme un trou, à fumer comme un pompier, et à baiser toutes ses groupies. Elle s'était pourtant calmée avec l'arrivée de Charlotte dans sa vie. Comme si à 33 ans, elle avait enfin eu besoin de stabilité et d'arrêter un peu les conneries.
« - Bon, moi, j'en peux plus, je vais nous trouver une table. A tout de suite. » dit Emilie en rentrant en courant dans le bar.
Lou finissait tranquillement sa clope tout en observant les groupes de jeune postés devant l'entrée pour la même raison qu'elle. Deux ados déjà bourrées à 23 heures sortirent précipitamment, elles se soutenaient l'une l'autre pour ne pas tomber comme des merdes. Après avoir tituber quelques minutes, elles se postèrent contre le mur et se mirent à fumer une clope avec difficulté. Les deux jeunes filles devaient à peine frôler les quinze ans. L'une d'elle avait un petit n½ud noir qui ornait ses cheveux roses fluo, des petites étoiles dessinées au coin des yeux, du rouge à lèvres noir, une veste rayée noir et blanche, une jupe noir, et des chaussettes rayées rouges et noires remonté jusqu'à ses genoux. L'autre, était plus grande qu'elle, plus maigre, les vêtements étaient moins recherchés mais elle se distinguait avec un nombre impressionnant de bracelets à pics et quelques dreads vertes fluos. La gamine aux cheveux roses eut à peine le temps de dire qu'elle ne se sentait pas bien, qu'elle vomissait ses restes de repas dans le caniveau.
Lou prit un air dégoûté. « Si c'est pas malheureux à cet âge » se dit-elle intérieurement. Quand elle se souvint qu'elle était dans un état pire que ça, la veille. Elle prit soudain un méchant coup de vieux. Clope fini, elle alla chercher son capitaine de soirée dans le bar.
L'endroit était bondé, la musique du groupe était tellement forte qu'on ne s'entendait plus penser, il y faisait une chaleur étouffante. Après quelques efforts surhumains pour se frayer un chemin dans la masse de fans hystériques, elle finit par retrouver Emilie à une table, entourée de deux garçons.
« - T'en as mis un temps ! T'as fumé le paquet ou quoi ? cria t'elle à l'oreille de Lou.
- Non, je viens de me rendre compte que je n'ai plus quinze ans.
- QUOI ?
- LAISSE TOMBER
- Ok, je te présente Damien, un collègue de boulot, je t'ai déjà parlé de lui. Et voici, Léo, son ami. »
Lou leur fit la bise, ce qui surprit Emilie, son amie n'était pas du genre sociable, et elle la soupçonnait d'avoir déjà bu quelques verres au bar.
« - T'es vraiment à côté de la plaque ma fille.
- QUOI ?
- LAISSE TOMBER ! »
Lou ne pu s'empêcher de sourire malgré ce foutage de gueule flagrant. Ça devait être ça l'ingrédient de leur solide amitié. Lou s'assit à côté de Léo et prit part à la conversation un peu à contrec½ur. Ce soir, son seul but était de s'oublier dans l'alcool et la musique. Léo prit les commandes et se dirigea au bar.
« - Alors, tu bosses dans quoi ? Lui demanda Damien.
- Dans un label rock indépendant, je vais à la rencontre des groupes qui nous envoies une maquette, si je vois qu'ils sont aussi talentueux sur scène que sur leur maquette, je leur propose de s'associer à nous et je leur fais signer un contrat.
- ça doit être passionnant. Je suppose que si t'es là, c'est pour le boulot.
- Non, ce sont des amis. »
"Amis" était un bien grand mot pour Lou, elle était une solitaire et ne s'entourait de peu de personne, disons juste qu'elle aimait leur musique. Léo revint à la table avec trois grandes chopes de bière et une vodka pomme pour Emilie.
« - C'est ma tournée » dit-il avec un large sourire. Bizarrement, Lou le trouvait de plus en plus sympathique, et elle vit qu'il en était de même pour Emilie. A l'inverse, au fur et à mesure de la soirée, elle trouvait Damien de plus en plus lourd avec ses allusions douteuses et ses méthodes de drague pas très renouvelées.
« - Je suis désolé que tu sois lesbienne, une jolie fille comme toi, quel gâchis... Peut-être que si tu m'avais rencontré durant l'adolescence...
- Je serai devenue lesbienne encore plus tôt ? »
S'en était trop, il fallait qu'elle quitte la table. Elle n'avait rien contre les hommes, elle détestait juste les mecs qui insistent et se prennent pour des putains de cador, croyant qu'ils leurs suffit d'un claquement de doigt pour faire virer la cuti d'une lesbienne. Elle se leva brusquement.
« - où est-ce que tu vas ? lui demanda Emilie surprise.
- Je vais commander un verre au bar. »
Elle prit la direction du comptoir et dû bousculer quelques personnes lui barrant le chemin.
« - Un whisky, s'il vous plaît »
Après quelques minutes d'attente, le barmaid la servit. Elle bu son verre cul sec et en recommanda aussitôt un second. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû venir, elle voulait juste se mettre une mine tranquillement, maudire son ex ou même lui tagger sa caisse. Parler des heures avec sa meilleure amie, pleurer un bon coup, et rentrer se coucher. Mais non, même ça, c'était trop demandé, il fallait qu'elle supporte un gros lourd pendant que sa pote se faisait draguer. Elle en était à son cinquième whisky. Elle commençait à être bourrée. La soirée allait peut-être lui devenir plus supportable. Elle reprit le même parcours du combattant pour retrouver son siège. Quand elle arriva devant sa table, une autre jeune fille avait prit sa place. Une petite brune, assez menue, de long cheveux noirs descendait jusqu'en bas de son dos. Sa peau était très pâle mais il faisait ressortir la couleur de ses lèvres rouges, pulpeuse. Son regard était perçant, vif, entouré de noir. Elle portait une chaîne en argent avec un ange, autour du cou.
Lou n'en croyait pas ses yeux, ça ne pouvait pas être elle. Pas après toutes ses années.
Damien la coupât dans sa contemplation.
-Ah, Lou, tu tombes bien, je te présente...
- Alys... ça fait longtemps... comment tu vas ?
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